« Je travaillais là haut, le pavillon des tous petits »

Nous frappons à la porte. Nous sommes accueillies très gentiment par cette femme, ancienne employée des Mélèzes qui nous avait été indiquée comme personne ressource… Elle nous livre par bribes ses souvenirs partagés ici de manière anonyme, son souhait…

« Je suis rentrée en 59… En 57 j’ai fait une période à l’uclaf. Il y en avait quelques-unes, il y avait les titulaires, mais quand je suis rentrée on était « saisonnières » ils appelaient ça. Alors on travaillait quelques mois l’été pour faire les remplacements, quelques mois. J’avais mes enfants à côté, et je faisais des chapelets. Mais ça ne gagnait pas beaucoup, on n’était pas riches ! Il y avait une dame qui les distribuait là, ils y en avaient même plusieurs, je faisais des chapelets enfin ça ne gagnait rien, mais on se cramponnait, parce que la vie n’est pas facile maintenant, mais elle n’était pas facile non plus ! Et puis mon mari avait sa maison, mais ils n’avaient rien ces parents, c’étaient pas…  non non.

(…) Donc je suis rentrée en 59 et j’ai toujours, pas à temps plein, mais j’ai toujours été employée… Pendant 12 ans je pense que j’ai fait les remplacements l’été avant d’être titulaire et travailler à temps plein après.

(…) Alors aux Mélèzes j’ai passé dans tous les services. Parce que vous comprenez une personne comme moi ! On faisait les remplacements des congés annuels, des congés de la semaine dans chaque poste alors j’allais travailler beaucoup aux salles à manger qui étaient au-dessus, donc je faisais des remplacements dans la cuisine, lendemain remplacements dans les salles à manger…. J’avais travaillé dans les pavillons pas beaucoup beaucoup moi, il y avait des abonnées ! Et après, quand j’étais plus importante, tout derrière la maison basse là-haut, les tous petits, c’était ma maison (rire) ! »

(…) Au début on faisait les lazarets et après il y avait les tous petits, les petits qui rentraient à 3 ans et on les gardait là-haut on ne les descendait pas ils étaient trop petit. De 3 à 5 ans et puis s’ils restaient plus, ils allaient en collectivité avec les grands en bas. Donc j’étais avec ces tout petits enfants à partir de 3 ans. Tous des cas sociaux, bonnes gens ! C’était des pauvres petits… Il y en avait qui étaient jetés, il y en avait d’autres dont les parents ne pouvaient pas s’occuper, ou certains qui avaient une certaine maladie… C’était des enfants sous-alimentés ou un peu malades, et alors c’était pris en charge ça par la sécurité sociale ! Il avait des prises en charge et ils les mettaient la. Il y en avait qui restait que 3 mois ils se fortifiaient un peu puis ils partaient, d’autres qui restaient 6 mois ça dépend. Ah bonnes gens !! Ah les premiers temps c’était dur et puis après ils s’habituaient entre eux, ils s’habituaient avec le personnel avec nous là ! Moi le soir quand je remontais à mon travail là à 5 h là, s’ils étaient dehors quand ils se promenaient et qu’ils me voyaient monter, ils couraient, ils couraient en bas pour venir me faire des bisous… (…) Il y avait une institutrice ou une éducatrice qui venait leur faire école dans le bâtiment au début ça n’existait pas et puis après il y a eu une rallonge là, une qui venait leur faire école qui était de mon âge d’ailleurs. Il y a longtemps qu’elle est décédée. Elle venait les éduquer un peu, leur apprendre à faire quelques chose… »

« (…) C’était se lever à 7h30 le matin, à 8h… J’arrivais moi c’était le petit-déjeuner après c’était l’école -quand il y avait l’école-, après ils mangeaient à 11h30. Nous le personnel moi je mangeais sur place, mais à 12h et après à 1 h la ils faisaient la sieste jusqu’à 3 h peut être et après ils se promenaient ou ils jouaient… Il y avait les monitrices, les monitrices les faisaient promener. Après le soir ils mangeaient à 6h30 et puis c’était la nuit bien sûr. Ils n’étaient pas malheureux, on les soignait bien! On faisait bien ce qu’on pouvait, mais il y en avait qui s’habituaient mieux que d’autres. Parce qu’il y en avait quand il fallait repartir chez les parents ça criait, ça pleurait ! Ils ne voulaient pas repartir chez eux ! ça on a vu ça nous que les parents venaient les chercher et ils criaient là haut ! Bonnes gens, ils ne voulaient pas s’en aller, il y en avait qui étaient mal traités ! »

(…) il y en avait bien qui étaient tout maigrelous, mais ils n’avaient pas plus que les autres, et ils avaient à leur faim… Les repas se faisaient en cuisine là d’ailleurs j’ai mon fils qui a été cuisinier là haut, oui il a été cuisinier. Alors nous on leur ramenait leur gamelle. C’était de la bonne nourriture mais il y avait ceux qui voulaient manger, et d’autres qui ne mangeaient pas… ça il n’y avait pas d’appétit, enfin on les forçait, on les forçait… (…) Oui il fallait qu’ils finissent leur assiette. Le petit bout de pain je leur mettais comme ça, et des fois il restait sur la table « finis ton pain ».

(…) Ooh il y avait une petite que j’aimais trop, oh je m’y étais attaché… Elle était restait pendant 3 ans. Qu’est ce que j’ai pleuré. Et j’y pense encore…. Elle était sur paris, elle était d’une famille nombreuse… C’était une gamine, elle aurait maintenant […] c’était dans les années 80 qu’elle était là. Moi je suis partie en retraite en 83 et alors c’était beaucoup avant. C’est quand j’étais là haut dans les bâtiments, et alors peut être en 72 quand j’étais titulaire. La mère était seule, ils étaient nombreux d’enfants, c’était une pauvre petite. Mais j’aimais beaucoup cette petite enfant et elle aussi bonnes gens, le soir quand je partais elle pleurait… Ce n’était pas toujours la joie, non !

« Et alors elle ne parlait pas, elle n’arrivait pas à parler on ne la comprenait pas. On lui disait ou il est ton papa elle disait au ciel, donc on comprenait bien, mais elle avait de la peine à parler. Ah on en avait eu un autre, oh je ne sais pas combien de temps on l’avait gardé… plusieurs années… c’était la famille des bohémiens là, des gens du voyage, c’était des grandes familles de gens du voyage. Et il y avait un garçonnet on l’a gardé plusieurs années… il était handicapé. Il ne marchait pas bien, il était un peu bancal quoi. Oui il avait une grosse tête. Oh il était mignon, il était mignon, oui il était très gentil, mais il avait des difficultés et on le gardait là haut, il était plus âgé que les nôtres là-haut, mais il ne pouvait pas aller en collectivité à cause de son handicap des jambes là… Il y a temps de chose comme ça ma pauvre ! Ah, mais je m’en rappelle bien, on parlait hier soir avec mon fils la des personnes qui avaient travaillé avec nous là, toutes les monitrices. Parce que ça changé beaucoup !! Il venait des monitrices, mais de Clermont ou d’ailleurs alors elles restaient et faisaient autre chose. J’en ai une qui est encore une amie, et elle m’écrit toutes les années.. J’en ai encore une pour mes 90 ans et elle habite à Aurillac maintenant .Elle avait été mutée à la CRAM à Clermont….

(…) Ah oui j’aimais bien ça ! j’aimais bien !! Pour Noël on le faisait toujours dans le coin ou l’on était il y en avait qui recevait des colis de leurs parents d’autres qui ne recevaient rien, mais on leur donnait toujours un Noël alors moi j’aurais bien aimé être chez moi dans ma famille, mais je demandais tout le temps à travailler le jour de Noël pour être avec mes petits. »

(…) Oh c’était propre, c’était entretenu, c’était propre, c’était bien, ah oui ah oui ! Dans le grand bâtiment en bas il y avait des dames là qui avaient chacune leur bâtiment, les  grands pavillons. En haut l’infirmerie il y avait deux infirmières qui soignaient les enfants tous les matins, le docteur qui y allait tous les jours le matin et le soir faire les visites avec les infirmières voilà voilà…. Ah c’était bien. Et on y gagnait bien sa vie.

(…) tous les premiers dimanches du mois, il y avait la visite des parents, ceux qui voulaient venir… Et le directeur qui était docteur, les recevait les parents s’ils voulaient lui parler. Tous les premiers dimanches du mois. Il y avait dans le bâtiment en bas là (où il y a la maison de retraite là) il y avait une grande salle, là on la nettoyait pour la réunion des parents. Ils pouvaient se promener avec les enfants la journée et ils voyaient le directeur docteur.

(…) Ils ne sortaient pas beaucoup non, ils ne sortaient pas beaucoup à l’extérieur, des peurs de maladie, des microbes des je ne sais pas quoi… mais enfin ils faisaient bien quand même quelques promenades, mais ils avaient de quoi faire là-haut c’est tellement grand ! il y a de l’espace ! »

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