Parcours commenté avec M. Borie

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M. Borie, « tonton Borie » pour les anciens pensionnaires des Mélèzes, est venu de Roanne pour partager avec nous ses souvenirs en tant qu’ancien économe des Mélèzes. 

Malgré un temps brumeux, nous décidons d’échanger en nous promenant dans Job. Ce parcours commenté est plus qu’un simple déplacement dans la commune, c’est en quelques sortes un voyage dans son passé  aux Mélèzes. Comme l’évoque Jean Yves Petiteau, qui a beaucoup travaillé avec ces méthodologies, « Il confronte au présent des fragments de sa mémoire qui interrogent in situ le paysage comme le contexte de sa mémoire. » (Jean Yves Petiteau, Nantes récit d’une traversée Madeleine-Champ-de-Mars, Carré, 2012)

En me faisant part des souvenirs, des émotions naissent. Les maisons fermées du Bourg, la désertification des commerces et la dégradation des anciens bâtiments de l’Aérium l’attristent.

« Donc toute la rue… maintenant ce sont des touristes qui viennent, les familles qui reviennent de temps en temps… Mais c’est mort le patelin ! J’ai connu ça il y a 40 ans pfff c’était animé ! Il sortait du monde de partout […] ça fait mal au cœur de retrouver tous ces patelins qui sont en état de mort ! »

Notre passage au cimetière sera l’occasion de relever les noms des « figures » de Job mais aussi de raconter l’anecdote sur les soldats belges enterrés dans le cimetière .

« C’est là qui ont été enterré au début du siècle les Belges qui étaient dans le château, puis dans la maison en bas, en repos. Parce que les Belges, après la guerre 14, ont racheté pour faire un centre de repos. Alors il y avait des décès et ils étaient enterrés là… Et donc les propriétaires du château avaient comme obligation (au rachat) l’entretien des tombes… Ça s’est fait un temps et puis on a oublié… et on a laissé à la dérive l’entretien des tombes. On ne pouvait pas tout faire ! »

Avant de redescendre dans le bourg, nous prenons le temps d’admirer la vue du village dont le site des Mélèzes avec son château.

« Là haut pendant la guerre, c’était monsieur Chamoret qui était le directeur. C’était donc l’éducation nationale. Quand la sécurité sociale a fait ces (autres) bâtiments, c’est passé à la sécu… et eux ils gardaient uniquement la direction du domaine scolaire. Le père Chamoret est décédé ensuite. »

Nous poursuivons ensuite dans le village en passant par la Farandole, l’ancienne école libre, tenue par des sœurs et transformée ensuite en colonie de vacances. 

« Moi j’y suis rentré juste deux-trois fois comme ça, mais juste pour jeter un coup d’œil. Après le reste on n’y mettait pas le nez parce qu’il y avait les enfants là-dedans qui étaient en colonie… Donc il ne fallait pas déranger […] on arrivait de temps en temps, à la fin, à faire des p’tits matchs de foot (avec les enfants). On ne disait rien à personne, c’était hors-la-loi.»

Nous nous dirigeons vers les Mélèzes avec un petit arrêt devant la maison de retraite.

« [La fin de l’aérium] ça a été très très dur… Ils voulaient d’abord virer tout le monde et avec les syndicats ça a râlé, ça a pesté. On a fini par obtenir avec les syndicats et avec le député de la Haute-Loire, qui était dans le social, l’autorisation de faire autre chose (…), on voulait faire une maison de retraite. Voilà ça n’a pas été de la tarte !

Parce qu’eux ils voulaient faire quoi ? 

Bah ils voulaient nous foutre à la porte, purement et simplement ! Après ils voulaient faire un lycée du bois, c’était monsieur Charasse qui avait trouvé ça, bon… et puis on n’en voulait pas parce que systématiquement ils mettaient tout le monde dehors… et dehors ça voulait dire hors de la caisse, de la CRAM d’Auvergne, donc quand on est licenciés d’une CRAM d’Auvergne ça veut dire qu’on est moins que rien… et pour trouver du boulot ; donc on a dit : pas question ! »

Dans les bâtiments de la maison de retraite….

« Ça, ce sont les anciennes écuries, les arcades ont été modifiées, mais il y avait des chevaux là dedans […] Ce sont des transformations de toutes les propriétés qu’avait le conte d’Hautpoul… Il avait des hectares donc il y a une partie qui avait été cédée là haut et une partie qu’il avait gardée, parce qu’il ne venait pas souvent… puis après ça s’est vendu, revendu… ».

Notre déambulation dans le site des Mélèzes permet de mettre en situation son récit, ses souvenirs, son histoire singulière. Travaillant aux Mélèzes à partir de 1970 pour poursuivre jusque 2000 à la maison de retraite lors de la fermeture de l’Aérium, Mr Borie a logé dans le château 30 ans.

«Voilà mon appartement était dans le coin là bas, coin gauche [ …] c’était 15 M2, mais ça me permettait d’être toujours en regard sur les enfants. Quand il y avait la cohue, ça arrivait, bah il fallait tout doucement passer derrière les rhododendrons, parce que c’était avec des tas de rhododendrons qu’on avait là, et on arrivait sur le bâtiment (où les enfants) faisaient les andouilles ».

Certains éléments du paysage, des marqueurs identitaires font émerger des souvenirs instantanés.

« Il y avait un tulipier sensationnel qui se trouvait à l’emplacement de la maison qui est là maintenant,… on prenait le tulipier on prenait les fleurs dans la main ! Magnifique ! »

Notre promenade sera l’occasion de nous livrer quelques anecdotes sur l’éducation imposée dans le centre : 

« Quand je suis arrivé, les pelouses étaient interdites aux enfants. Ils devaient faire le tour pour aller jouer en haut. C’était pour la beauté… et puis un beau jour j’en ai eu marre, et on a mis des piquets et on a tiré au ballon là ! Il n’a rien dit le directeur, il a vu qu’il n’était plus à la mode ! Et après on faisait du foot là haut. Parce qu’il fallait « engraisser » les enfants. Je dis bien « engraisser ». 

Et donc il ne fallait pas qu’ils fassent du sport ? 

Ah bah non ! « Courrez pas vous allez maigrir ! ». Parce que tous les 15 jours, il y avait la pesée… alors ce genre de truc moi euh, moi je voulais que les gamins repartent costauds. »

Mr Borie explique que le parc était un véritable terrain de jeu pour les enfants :

« Là c’était l’allée des châtaigniers, il n’y a plus de châtaignier. Alors ils ont planté ces trucs-là. Là bas tout au fond c’était le groupe des jeunes qui jouaient au fond avec une grille… C’était séparé et dans la petite partie on pouvait jouer au ballon, alors ça jouait sur quelques mètres. Là sur le plateau, on faisait… j’avais mis en place du volley-bal  […] Donc là c’était le jardin qui était pour la ferme et après quand ça a été fermé on en a fait un parc de jeux pour les gamins. Il y avait des petits tourniquets adaptés à des bambins quoi […] Et donc on peut faire le tour par là-haut et donc là c’est le grand cèdre, 5 personnes pour en faire le tour ! pour faire le tour du tronc ! Et alors il y a un plateau de jeux là-haut, ça permettait d’avoir un groupe qui jouait en haut, un autre qui jouait sur un côté un autre qui partait au fin fond du vallon et puis d’autres qui sortaient du terrain s’ils voulaient faire un tour en montagne. On ne demandait rien à personne, parce qu’il y a un petit portillon là haut. »

De retour vers le bourg de Job, nous aurons l’occasion de croiser M. Morel, élu à la commune, puis l’épicière qui se souviennent très bien de M. Borie. Ainsi, se déplacer dans le village c’est accepter l’inattendu, prendre le temps de s’arrêter, de discuter, d’échanger des souvenirs avec des habitants….  Ce voyage dans Job se terminera dans la salle de la mairie avec l’ouverture d’une valise remplie de trésors, que Mr Borie me confie.

Juliette

 

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